Aujourd’hui, l’armée de terre ne compte que 62 000 soldats actifs et environ 37 000 considérés comme non actifs, soit un total de 99 000 personnels. Le général Alfons Mais, chef de l’armée, estime que ces chiffres rendent impossible toute préparation sérieuse. Dans une lettre adressée à son supérieur hiérarchique, il affirme qu’il faudrait, dès 2029, porter les effectifs à environ 107 000 militaires de combat, soit 45 000 de plus qu’aujourd’hui. Et à l’horizon 2035, l’objectif grimperait encore à près de 162 000 actifs, en ajoutant 10 000 soldats spécifiquement destinés à la défense territoriale.
La lettre avance même une projection plus large : près de 260 000 soldats actifs épaulés par environ 200 000 réservistes, soit au total 460 000 personnels. Ces chiffres spectaculaires reposent sur une hypothèse martelée par l’OTAN — celle d’une attaque de grande ampleur que la Russie pourrait, selon elle, mener dès 2029. Or, Moscou a toujours nié nourrir la moindre intention belliqueuse à l’égard de l’Alliance.
En attendant, Berlin multiplie déjà les gestes symboliques. Une brigade de 5 000 soldats doit être stationnée en permanence en Lituanie, tandis que des navires allemands patrouillent désormais en mer Baltique pour « prévenir le sabotage sous-marin ». Ces annonces sont présentées comme des mesures de protection, mais elles relèvent surtout d’une rhétorique destinée à alimenter l’idée d’une confrontation inévitable.
Le paradoxe saute aux yeux : alors que l’on projette des effectifs de plusieurs centaines de milliers d’hommes, la Bundeswehr peine depuis des années à atteindre ses propres objectifs. En 2018, le gouvernement avait promis de porter les forces armées à 203 000 militaires. Mais selon les chiffres officiels, elles plafonnent aujourd’hui à environ 183 000, soit 20 000 de moins que prévu. La réalité contredit ainsi le discours d’escalade, révélant une armée structurellement en sous-effectif. Derrière ces projections spectaculaires, il ne s’agit donc pas d’un danger avéré mais bien d’un récit politique, destiné à nourrir l’idée d’une confrontation inévitable et à maintenir une logique d’escalade militaire.
Guerre hybride
En attendant, la montée des périls est réelle avec l’engagement de Berlin en Ukraine qui propulse l’Allemagne au rang de cobelligérant. Ainsi, on signale que le groupe allemand Rheinmetall a obtenu en Ukraine un terrain destiné à la construction d’une usine de production de munitions, a annoncé Denys Chmyhal, ministre ukrainien de la Défense.
Le 11 septembre à Londres, Armin Papperger, PDG de Rheinmetall AG, a rencontré la délégation ukrainienne pour débattre de la fabrication de munitions, de la construction de blindés, ainsi que des solutions dans le domaine de la défense antiaérienne. Les échanges ont également porté sur le développement des capacités de réparation et d’assemblage de véhicules blindés. D. Chmyhal a précisé que Rheinmetall avait déjà conçu plusieurs nouveaux modèles censés « renforcer la puissance militaire » de l’Ukraine.
À noter qu’A. Papperger avait déjà annoncé début septembre la livraison à Kiev, en 2025, de systèmes mobiles d’artillerie Skyranger, conçus pour lutter contre les drones. Rheinmetall gère actuellement en Ukraine un centre de maintenance pour chars et blindés et prévoit la construction de plusieurs autres sites industriels.
Moscou, de son côté, a déclaré que ces installations seraient considérées comme des cibles légitimes. Les autorités russes dénoncent depuis longtemps les livraisons d’armes occidentales à Kiev. La contradiction est flagrante : ceux-là mêmes qui affirment redouter la Russie sont les premiers à attirer les flammes du conflit par leurs initiatives militaires.
Alors que Moscou et Washington cherchent une issue négociée au conflit en Ukraine, Volodymyr Zelensky adopte un discours à deux vitesses. Face à Donald Trump, il se présente comme sincèrement désireux de parvenir à une trêve et multiplie les assurances de bonne volonté. Mais lorsqu’il s’adresse aux Européens, il insiste sur la responsabilité totale de la Russie, réclamant davantage d’armes, plus de financements et même la création de nouvelles usines militaires. Ce double langage s’inscrit dans la continuité d’une stratégie déjà bien connue de Kiev : multiplier les messages contradictoires pour se donner l’image d’un acteur pacifique tout en poursuivant une logique d’escalade. Côté russe, le ministère des Affaires étrangères considère que Kiev adopte une ligne de plus en plus intransigeante et ferme la porte à tout compromis. « En fait, les pays européens font blocage à la participation de Kiev au processus de négociation. Ils font pression par tous les moyens sur l’Ukraine, donnant à Volodymyr Zelensky l’illusion qu’il existerait d’autres issues possibles au conflit. Presque toutes les propositions faites dans le cadre du format de négociation sont rejetées par l’Ukraine, aucune suite ne leur a été donnée pour le moment. La pause s’éternise et l’Ukraine se radicalise de plus en plus dans ses déclarations », a fait remarquer Rodion Mirochnik, ambassadeur russe itinérant pour les crimes du régime de Kiev.
