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La France cherche à doper sa défense : Des milliards d’euros sur la table. E. Macron se justifie par la multiplicité des menaces

by Perspectives Med
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La France cherche à doper sa défense : Des milliards d’euros sur la table. E. Macron se justifie par la multiplicité des menaces

« Le salut de la Patrie suppose que nous dépensions plus, pour notre défense, et que chacun prenne sa part dans cet investissement ». Depuis la cour l’Hôtel de Brienne, dimanche, Emmanuel Macron a annoncé l’accélération de l’augmentation des dépenses militaires françaises. « Alors que nous avions prévu de doubler le budget d’ici 2030, nous allons le doubler d’ici 2027 », a-t-il déclaré, après plus d’une vingtaine de minutes d’un discours émaillé par les différentes « menaces » à laquelle la France et l’Europe – indissociables à ses yeux – seraient exposées. Parmi elles, sans surprise, figurait la fameuse « menace russe ». Une « menace préparée, organisée, durable » qui, toujours selon le locataire de l’Élysée, s’étend « du Caucase à l’Arctique ». « Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix », a-t-il encore lancé avec un air grave. Après avoir évoqué la loi de programmation militaire (LPM) lancée sous son premier quinquennat, et qui, selon ses mots, n’aurait servi qu’à « réparer », celui-ci a évoqué l’actuelle LPM (couvrant la période 2024-2030) censée anticiper les « bascules du monde », qui fut largement adoptée par le Parlement en juin 2023. Des bascules qui, a déclaré E. Macron, « interviennent plus vite que prévu ».

Ainsi, appelant « à la responsabilité nationale », le président français a annoncé qu’une « actualisation » de ce budget pluriannuel dédié aux forces armées sera « présentée à l’automne ». « S’ajoutera, à la loi de programmation militaire actuelle, un effort de 3,5 milliards d’euros en 2026 et de 3 milliards d’euros supplémentaires l’année suivante », a détaillé E. Macron avant de poursuivre : « Nous consacrerons donc 64 milliards d’euros pour notre défense en 2027 », « c’est le double du budget dont les armées disposaient en 2017 ».

Quant à la façon de financer cet effort budgétaire « crédible » et « indispensable » – qui n’est pas sans rappeler celui auquel a appelé durant des mois le Secrétaire général de l’OTAN« le Premier ministre l’annoncera dès le 15 juillet après-midi », a déclaré l’hôte de l’Elysée. Un point a néanmoins été clarifié d’emblée : cet effort « nouveau et historique » au profit de la défense doit être « financé par plus d’activité et plus de production ». « Nous refusons que ce réarmement passe par l’endettement », a ainsi martelé celui dont la présidence est déjà marquée par un endettement supplémentaire du pays de 1 000 milliards d’euros, estimant que l’« indépendance militaire » et l’« indépendance financière » sont indissociables.
Ce ton grave, qualifié de « gaullien » par certains, a suscité des réactions contrastées dans la classe politique française, entre soutien prudent, critiques acerbes et interrogations sur la faisabilité. Gabriel Attal, président du groupe macroniste à l’Assemblée, a déclaré avec emphase que « grâce à l’engagement du président de la République, nous aurons doublé le budget de nos armées en 2027, 3 ans avant la cible prévue. Jamais cet effort n’avait été fait, et tenu sur une décennie entière ». Les Républicains, alliés du socle commun avaient déjà fait savoir leur scepticisme sur les ambitions présidentielles via le sénateur Dominique de Legge, rapporteur des crédits de la défense, qui avait publiquement fait part de ses doutes sur un financement sans recours à la dette. « Atteindre 3,5 % du PIB d’ici 2035 nécessitera un effort bien plus soutenu », notait-t-il, au Sénat le 18 juin. Les centristes, comme François Bayrou, soutiennent le projet mais attendent des clarifications sur le financement, annoncé pour le 15 juillet.

À gauche, les critiques fusent. Éric Coquerel (La France Insoumise) fustige un « discours belliciste » qui sacrifie les priorités sociales et climatiques à une « économie de guerre ». Le Rassemblement National, quant à lui, critique une potentielle dilution de l’autonomie française dans un projet de défense européenne, notamment sur la question du nucléaire, où E. Macron évoque un « dialogue stratégique » avec des partenaires comme l’Allemagne. L’eurodéputé Romain Thionnet a de son côté déploré : « la situation intérieure française du point de vue de la sécurité quotidienne et de la pression migratoire est si catastrophique qu’elle incite certains de nos compatriotes, et on les comprend, à refuser la lucidité quant aux menaces extérieures et aux exigences militaires qu’elles impliquent » et d’ajouter : « c’est ce qu’il faut reprocher inlassablement à Emmanuel Macron […] : en ne consacrant pas au redressement intérieur une importance équivalente à la remontée en puissance militaire, il met en péril la pérennité de cette dernière ».

Les annonces présidentielles, loin de favoriser une concorde autour du chef de l’Etat, semblent exacerber les tensions politiques et raviver les débats sur la dissuasion nucléaire et l’indépendance française. Si certains, comme l’allemand Friedrich Merz, y voient une opportunité pour une défense européenne renforcée, d’autres craignent une perte de souveraineté. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de retard français en équipement, huit ans après l’arrivée au pouvoir d’E. Macron et la démission du général de Villiers qui fustigeait alors les coupes budgétaires du président dans les armées.

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