Le Maroc continue de progresser dans la généralisation de l’accès aux services financiers. Selon la dernière édition du rapport Global Findex 2025 publié par la Banque mondiale, un Marocain adulte sur deux détenait un compte bancaire ou un compte mobile en 2024, contre 44 % en 2021 et à peine 29 % en 2017. Cette progression constante confirme la dynamique enclenchée ces dernières années par les autorités monétaires marocaines dans le cadre de la stratégie nationale d’inclusion financière.
Toutefois, au-delà de l’accès, les usages restent limités. L’épargne formelle, les paiements numériques ou encore le recours au crédit demeurent très en dessous des niveaux observés dans les économies comparables. L’exclusion touche encore une majorité de femmes, les populations rurales et les personnes à faibles revenus. Le Maroc avance, mais l’inclusion reste encore partielle et inégalement répartie.
En 2024, 50 % des adultes marocains déclaraient posséder un compte financier, soit une amélioration de 6 points par rapport à 2021. Cette performance place le Maroc à un niveau intermédiaire dans la région MENA, et témoigne d’un effort soutenu de bancarisation, porté notamment par l’essor des comptes mobiles.
La Banque mondiale note en effet que 20 % des Marocains détiennent un compte mobile, contre seulement 2 % trois ans plus tôt. Ce bond spectaculaire reflète l’essor des établissements de paiement et le rôle croissant du téléphone mobile dans les services financiers, notamment dans les zones rurales et pour les jeunes adultes. Néanmoins, le taux d’inclusion reste très dépendant du niveau d’éducation, du genre et du lieu de résidence. L’écart entre les zones urbaines et rurales, bien qu’en légère réduction, reste significatif. De plus, les deux tiers des adultes à faibles revenus restent en dehors du système financier formel.
Le fossé entre hommes et femmes demeure un défi majeur. En 2024, 63 % des hommes marocains disposaient d’un compte financier contre seulement 36 % des femmes. Ce différentiel de 27 points est l’un des plus marqués de la région. Il s’explique par des contraintes d’accès aux papiers d’identité, un accès limité à la technologie, une moindre autonomie économique et la persistance de normes sociales discriminantes.
Le retard féminin est encore plus marqué en ce qui concerne les usages numériques : moins de 10 % des femmes ont effectué un paiement numérique en 2024, et seules 5 % ont épargné dans une institution financière. En comparaison, les hommes sont deux fois plus nombreux à recourir à ces services.
Des efforts de ciblage sont en cours via des programmes d’éducation financière et des initiatives de microfinance inclusive, mais les résultats restent encore limités à certaines niches locales.
L’un des constats les plus persistants du rapport est la sous-utilisation des services financiers par les Marocains. En 2024, seuls 12 % des adultes ont épargné dans une institution formelle, et 9 % ont emprunté auprès d’un établissement financier. La majorité des opérations de crédit et d’épargne continue à se faire de manière informelle – entre proches, au sein des familles ou via des systèmes communautaires comme « daret ».
En matière de paiements numériques, seulement 24 % des adultes marocains ont réalisé une transaction digitale, un niveau encore faible au regard des taux de possession de smartphones. Le paiement des services publics via le numérique, en particulier, reste marginal.
Les causes de cette faible adoption sont multiples : préférence pour le cash, confiance limitée envers les opérateurs financiers, faible interopérabilité des plateformes, et surtout, un écosystème encore trop orienté vers l’accès plutôt que vers l’usage.
