Dans ses premiers propos, le Maitre du Kremlin est revenu sur son récent échange téléphonique avec le président américain et l’a remercié pour l’attention qu’il porte au règlement du conflit en Ukraine. Il a rappelé que Donald Trump avait insisté sur la nécessité de mettre fin aux pertes humaines. Le président russe a aussi évoqué la reprise des relations économiques entre les deux pays. « Les deux parties auraient tout intérêt à discuter des questions liées à nos projets de rétablissement des relations bilatérales et des contacts russo-américains, notamment dans le domaine de la coopération économique », a-t-il déclaré.
V. Poutine a ensuite demandé à S. Witkoff de lui présenter les résultats des consultations menées la veille à Oslo. Plus tôt dans la matinée, Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, avait rappelé qu’un accord nécessitait aussi une décision des autorités ukrainiennes. Interrogé par l’agence Interfax sur la possibilité d’un règlement sans V. Zelensky, il avait précisé : « Il est impossible de régler totalement le conflit ukrainien sans la participation de quelqu’un venant de Kiev. Il faut donc que quelqu’un, là-bas, prenne une décision responsable. C’est indispensable. » Pour sa part, l’émissaire américain a qualifié de productives les discussions menées en Norvège. Devant Poutine, il a assuré que des progrès avaient été réalisés et que les participants disposaient désormais de bases permettant d’envisager une cessation des hostilités en Ukraine.
L’envoyé de D. Trump n’est pas arrivé les mains vides. Il a indiqué avoir apporté des documents présentant différentes approches du règlement du conflit en Ukraine, à la suite des discussions tenues le 20 octobre en Norvège. S. Witkoff a aussi exprimé l’espoir que V. Poutine envisage de relancer les négociations trilatérales entre la Russie, les États-Unis et l’Ukraine. Ces rencontres permettraient notamment d’aborder les questions techniques liées à un éventuel accord. L’émissaire américain a par ailleurs remercié Moscou pour la libération de Stephen Hubbard, Américain condamné en Russie pour mercenariat en Ukraine. Le président russe lui a précisé que l’affreux US se trouvait déjà à l’aéroport de Poulkovo, à Saint-Pétersbourg. Parallèlement, D. Trump a publié un message sur Truth Social confirmant que les États-Unis n’avaient rien accordé en échange de la libération de l’Américain. « Les États-Unis, par respect pour le président Trump, n’étaient pas tenus d’offrir quoi que ce soit en retour – une situation sans précédent pour la Russie. Cette libération n’a nécessité aucun échange », a-t-il écrit. Le président américain a en outre reproché à l’administration Biden de ne pas être parvenue à le faire libérer malgré des négociations avec le Kremlin.
Abordant les relations avec les États-Unis, le président russe a confirmé que Moscou était prêt à discuter de nouveaux projets économiques avec Washington. La Russie pourrait par exemple augmenter ses livraisons d’engrais sur le marché américain. Il a aussi souligné que l’accord sur le diesel avait entraîné une baisse des prix de 5 à 6 % sur les marchés mondiaux. « Le premier pétrolier, d’une capacité de 40 000 tonnes [de diesel], partira dans deux ou trois jours. D’autres suivront immédiatement », a annoncé V. Poutine lors de la rencontre. S. Witkoff l’a remercié au nom de D. Trump pour la livraison de diesel. L’émissaire américain a évoqué les perspectives de développement des relations économiques entre les deux pays après la fin du conflit en Ukraine.
La situation au Moyen-Orient aussi abordée lors des discussions et V. Poutine a aussi souhaité connaître l’analyse de Washington sur la situation au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran. Il a rappelé les liens de longue date entre Moscou et Téhéran et proposé l’aide de son pays pour parvenir à une solution. « Nous entretenons des relations de confiance particulières avec l’Iran car elles se sont construites pendant des décennies. Si nous pouvons contribuer à résoudre cette crise, nous le ferons avec plaisir », a déclaré le leader russe. Le président russe a enfin indiqué qu’il comptait aborder avec l’émissaire américain la possibilité d’une prochaine rencontre avec D. Trump en Chine.
À l’issue de leur entretien, qui a duré près de trois heures, I. Ouchakov a fait savoir que la Russie était disposée à renouer le dialogue vers la mi-novembre. « Notre président a informé Steve Witkoff que nous étions en principe prêts à reprendre ces pourparlers trilatéraux vers la mi-novembre sur la question principale. Cette question porte sur la mise en place d’un système de sécurité pour la Russie et l’Ukraine à l’issue du conflit », a -t-il annoncé. Le conseiller du président russe a précisé que les délégations pourraient se retrouver à Abou Dhabi. Leur composition n’a pas encore été annoncée. Il a également estimé que le conflit approchait de son terme et que les Européens commençaient à aborder plus sérieusement son règlement, même si leurs dernières propositions ne satisfaisaient toujours pas Moscou. Il faisait notamment référence aux nouvelles propositions de Kiev et des représentants européens, présentées à V. Poutine par S. Witkoff après ses consultations à Oslo, le 20 octobre. I. Ouchakov a toutefois jugé qu’elles apportaient peu d’éléments utiles au règlement du conflit. La précédente reprise des discussions devait intervenir après les élections législatives russes de septembre. Le conseiller de V. Poutine a imputé son échec au régime de Kiev. « La reprise des négociations trilatérales, qui était prévue après les élections à la Douma, a été torpillée, comme on le sait, par le régime ukrainien lui-même. Lors de la principale journée de vote, il a lancé des frappes d’une ampleur exceptionnelle contre Moscou et d’autres villes, ainsi que contre des bureaux de vote, visant directement des membres des commissions électorales, dont certains ont été tués. »
Le 21 octobre, V. Zelensky a déclaré sur Fox News être prêt à geler les combats sur les positions actuelles. Interrogé par Brian Kilmeade sur un accord qui laisserait Kiev contrôler au moins 75 % du territoire ukrainien, il a répondu : « Oui, actuellement, nous devons geler [la ligne de front], et je pense que c’est le vrai moyen de mettre fin à cette guerre. » La veille, à la Maison Blanche, D. Trump l’avait appelé à conclure un accord avec Moscou : « Nous voulons que Zelensky conclue un accord. Il peut conclure un accord. Il aurait pu le faire il y a deux ans, lors de notre brève discussion au Bureau ovale. » Le président américain a ajouté : « Il aurait sans doute pu conclure un bien meilleur accord à l’époque qu’aujourd’hui. » Avant de mettre en garde : « L’Ukraine doit vouloir mettre fin à cette guerre. Zelensky doit vouloir y mettre fin. S’il ne le veut pas, je pense que ce sera très grave. »

