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Démocratie parlementaire : La façade se fissure…

Le cirque ! Les Marocains qui suivaient en direct la séance hebdomadaire consacrée aux questions orales de lundi ont été récompensés ! L’absence de trois ministres, exercice répétitif jugé dégradant pour le pouvoir législatif, a suscité de fortes réactions. Avant la suspension de la séance !
Démocratie parlementaire : La façade se fissure…

Des voix du Parlement, notamment de l’opposition, s’élèvent pour exiger le respect de l’institution législative. Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion Economique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire, et Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’évaluation des Politiques publiques, ont choisi de sécher la séance de lundi. A l’ouverture de la séance hebdomadaire consacrée aux questions orales à la Chambre des représentants, Driss Chtaibi qui présidait la séance, en a informé les députés. Tout en leur assurant que c’est Mustapha Baitas, ministre en charge des relations avec le Parlement, qui a été choisi, dans le cadre de la solidarité gouvernementale, de répondre au nom de ces ministres. Une solidarité qu’il n’a pas hésité à épingler au motif qu’elle était « exagérée » ! Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. La cacophonie qui s’en est suivie est digne du « cirque », dénoncé par feu Hassan II, qui n’hésita point à brocarder la prestance des représentants de la nation… D. Chtaïbi n’a pas manqué de revenir à la charge en portant une nouvelle estocade qui a fait mouche au sein de la majorité. « Messieurs les députés, si quelqu’un sous cette coupole n’a pas l’idée de défendre le pouvoir législatif, cela me sidère ! », s’est-t-il interrogé. Driss Sentissi, président du groupe Haraki (MP/opposition), a pris la parole pour affirmer que le porte-parole du gouvernement pouvait bien entendu répondre au nom d’un ministre empêché de se présenter devant le Parlement, « mais pas en gros !» Dans le détail, l’argument a fait mouche.  En lui succédant, Mohamed Chaouki, député du RNI (majorité aux affaires) a cherché à invalider la remarque du Président de la séance en assurant, avec un brin de reproche perceptible, que « la solidarité gouvernementale est exagérée était un jugement de valeur » et « nous aurions souhaité, Monsieur le Président, que vous vous détachiez de ce jugement de valeur »… Jetant son dévolu sur les bancs de l’opposition, il a cru bon d’ajouter comprendre que « certains souffrent d’un peu de paresse à sortir des affaires pour l’opposition, mais pas au point d’exploiter la Constitution à tout va pour porter atteinte à cette même Constitution ». Une remarque tranchante qui n’a pas manqué de donner du tonus à l’opposition, excédée par la pratique des représentants de l’Exécutif.

Abdellah Bouanou, président du groupement PJD, ne s’est pas laissé conter. « Si nous devions à chaque fois faire jouer la solidarité gouvernementale, il ne serait pas nécessaire donc que les membres du gouvernement viennent au Parlement », assène-t-il. Avant d’ajouter que le Parlement est une institution législative et de contrôle qui doit être respectée, et ce respect implique pour le moins la présence des ministres.

Abderrahim Chahid, président du groupe de l’USFP, a lui aussi fait part de son incompréhension quant au fait que les députés se mettent malheureusement en position de défendre l’absence des ministres. « Il s’agit d’une institution législative et le gouvernement est normalement en mesure de se défendre », a-t-il insisté. « Nous comprenons que les ministres soient absents pour des raisons exceptionnelles. Mais pour un ministre qui devait être présent à 23 séances et qui n’en a assisté qu’à 4, est-ce parce qu’il est constamment confronté à des circonstances exceptionnelles ? », s’est-il interrogé.

Sur ces remarques pour le moins pertinentes, un vif échange a opposé le président de séance et un député. « C’est une annexe du gouvernement qui s’est constituée au sein du parlement! », répétait en écho la voix de stentor de D. Chtaibi. C’est ce que les observateurs de la chose politique avaient déjà établi comme constat désolant pour l’exercice démocratique en cours : l’instance parlementaire s’est transformée, comme par magie, en une « chambre d’enregistrement » qui résonne d’une seule voix : celle de la majorité !

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