vendredi, mai 22, 2026
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Dégradation du capital biologique : Un rapport accablant du CESE !

by Perspectives Med
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Dégradation du capital biologique : Un rapport accablant du CESE !

Le CESE rappelle que le secteur agricole, qui contribue de 12% à 15% au PIB et emploie de 30% à 40% de la population active, repose aujourd’hui sur deux modèles contrastés. D’un côté, le « modèle d’agriculture intensive », tourné vers l’export, a généré en 2024 plus de 85,8 milliards de dirhams d’exportations et contribue à la compétitivité de l’économie nationale. Mais il reste fortement concentré sur un nombre limité de variétés et dépend largement des semences hybrides importées, qui représentent 70% à 80% des cultures maraîchères. Ce modèle repose aussi sur une forte consommation d’eau et d’énergie, ce qui fragilise la résilience écologique des systèmes agricoles.

Pour sa part, le « modèle d’agriculture familiale riche en biodiversité » s’appuie sur des systèmes de production diversifiés. Il joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire, la préservation des semences locales et le maintien de variétés adaptées aux contraintes climatiques. Pourtant, ce modèle ne bénéficie encore ni de la reconnaissance, ni de l’accompagnement qu’il mérite.

Le Conseil souligne que la stratégie « Génération Green 2020-2030 » donne une place particulière à l’agriculture biologique, avec l’objectif d’atteindre 100 000 hectares cultivés à l’horizon 2030. En 2025, les superficies certifiées avoisinent 13 300 hectares, soit près de huit fois le niveau enregistré en 2010.

Si l’agriculture biologique contribue à préserver les sols et les ressources hydriques, tout en réduisant le recours aux intrants chimiques, son développement reste en deçà des ambitions affichées. Le CESE l’explique notamment par la complexité et le coût des procédures de certification, la faiblesse du marché intérieur, l’accès limité à l’accompagnement technique et les difficultés rencontrées par les petits producteurs.

L’avis pointe également la pression foncière et l’expansion urbaine, qui agissent sur le recul progressif des terres agricoles fertiles. La part des superficies destinées au développement urbain est passée de 51,4% en 1994 à 62,8% en 2024.

Les espèces exotiques envahissantes provoquent, de leur côté, de profonds déséquilibres écologiques. Elles peuvent entraîner des pertes agricoles allant de 30% à 70%, voire jusqu’à 90% dans certains vergers oléicoles.
Plusieurs indicateurs traduisent l’ampleur de la vulnérabilité des territoires : la dégradation de plus de 17 000 kilomètres carrés de parcours dans l’Oriental, le déclin des systèmes oasiens traditionnels, l’effondrement de la filière du figuier de Barbarie sous l’effet de la cochenille, le recul de l’apiculture ou encore la régression de plusieurs plantes aromatiques et médicinales.

Dans certaines zones du Souss-Massa, les pertes de biodiversité dépassent 80%, avec la généralisation de modes de production agricole qui privilégient la culture sous serre. Dans ce sens, le Conseil constate que la biodiversité agricole reste insuffisamment intégrée dans les politiques publiques. Les mécanismes de suivi des variétés locales, des espèces adaptées et des sols vivants demeurent limités et peu coordonnés.

Le Conseil relève aussi l’absence d’une cartographie nationale exhaustive et l’inexistence d’une liste rouge des écosystèmes marocains. Ces lacunes limitent la capacité à hiérarchiser les priorités en matière de protection et de conservation. La situation est préoccupante, surtout que plus de 80% des zones d’importance majeure pour la biodiversité des eaux douces se trouvent en dehors des aires officiellement protégées.

Les indicateurs internationaux confirment cette vulnérabilité. Selon l’Indice d’agrobiodiversité 2022, le Maroc a une note globale de 54,1 sur 100. Ce score est supérieur à la moyenne méditerranéenne, établie à 51, mais reste inférieur à ceux de l’Espagne (63), ou de l’Italie (66). L’analyse montre toutefois que cette performance globale masque des déséquilibres plus profonds au niveau de la production, où la note du Maroc ne dépasse pas 41,6. Ces résultats traduisent la faible diversité des variétés cultivées et l’intégration encore limitée de la biodiversité des sols dans les politiques et les pratiques agricoles.

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