Le Maroc exporte des fruits, des légumes et des produits de la mer. Dans le même temps, il importe des produits alimentaires transformés, dont la fabrication fait appel à des procédés industriels et crée de la valeur ajoutée. L’enjeu dépasse la seule facture des importations : il touche à la capacité de l’industrie agroalimentaire nationale à transformer davantage les ressources du pays, à élargir son offre et à gagner des parts sur les marchés extérieurs.
Dans son rapport d’activité 2025, la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) analyse le commerce alimentaire selon le degré de transformation des produits. Les produits crus (fruits, légumes, produits de la mer) pèsent 45 % des exportations alimentaires marocaines, et les produits composites 25 %. Côté importations, les produits transformés à forte valeur ajoutée dominent de plus en plus : préparations alimentaires, produits laitiers, sucre, confitures.
Ces proportions sont des moyennes calculées sur la période 2012-2022. Elles ne donnent donc pas une image des échanges de 2025, mais elles éclairent la spécialisation commerciale du pays et la marge d’évolution de son appareil productif.
Mieux valoriser
Il ne s’agit pas de remettre en cause les exportations de produits frais, qui restent un débouché majeur pour les filières nationales. Il s’agit de les compléter par des produits transformés, vendus sous des formes qui tirent un meilleur parti de la matière première.
Transformer localement les fruits et légumes, par exemple, permet aux producteurs de ne plus dépendre de la seule vente en frais. Les produits de la mer ouvrent eux aussi des perspectives de diversification. Il faut pour cela bâtir des activités industrielles capables de répondre à la demande, de satisfaire les exigences des marchés et d’accroître la valeur ajoutée des exportations.
Pour y parvenir, la DEPF recommande d’investir dans les infrastructures et les technologies de transformation, et de créer des pôles agro-industriels au cœur des zones de production. Cela revient à rapprocher les unités de transformation des bassins agricoles et halieutiques, à condition de disposer des équipements et des compétences nécessaires.
La logistique est un autre maillon décisif. Marchés de gros, abattoirs, transport, stockage, emballage, chaîne du froid : tout concourt à préserver la qualité des produits et à faciliter leur commercialisation. Leur développement peut accompagner la montée en puissance de la transformation et faciliter l’accès aux marchés.
Les compétences locales sont un autre levier. Les métiers de la transformation exigent des formations techniques adaptées aux procédés industriels, aux normes de qualité et aux standards de l’export. Des filières de niche, comme le bio ou les aliments transformés à base de plantes médicinales, pourraient aussi élargir l’offre.
Lourde facture alimentaire
Au défi industriel s’ajoute un enjeu de sécurité alimentaire. Dans une autre étude, consacrée aux importations alimentaires, la DEPF examine l’évolution de ces achats entre 2014 et 2024, leur répartition par produit et par pays d’origine, ainsi que l’effet respectif des prix et des volumes.
Le constat est celui d’une dépendance structurelle qui perdure. Le blé continue de dominer les importations, même si son poids s’érode. Les sources d’approvisionnement se diversifient, dans un contexte de volatilité des prix mondiaux et de crises internationales à répétition.
Selon cette analyse, la facture alimentaire représente près du quart des réserves en devises, ce qui illustre l’exposition de l’économie marocaine aux aléas des marchés internationaux. Les volumes importés n’expliquent pourtant pas tout : l’évolution des prix et les conditions d’approvisionnement jouent aussi leur rôle.
Face à cela, la DEPF recommande d’améliorer la productivité et la durabilité de l’agriculture, de renforcer sa résilience au changement climatique, d’optimiser la gestion de l’eau et de mettre en place des mécanismes d’anticipation des risques. La lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires figure aussi parmi les priorités.
Conquérir de nouveaux marchés
La montée en gamme ne repose pas que sur la transformation : elle passe aussi par la diversification des débouchés. Une autre analyse du rapport souligne la croissance du marché agroalimentaire mondial et le dynamisme des exportations marocaines face aux grands exportateurs africains. Elle note cependant que les fruits et légumes marocains se concentrent sur le marché européen, tandis que la présence du Maroc en Afrique reste en deçà du potentiel.
La DEPF désigne l’Afrique et le Moyen-Orient comme des marchés à prospecter davantage. Y accroître ses flux suppose une stratégie commerciale adaptée, une veille concurrentielle et une logistique performante, en particulier vers l’Afrique de l’Ouest.

