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Après avoir dénoncé le génocide de Gaza : N. Pillay reçoit le Nobel de la Paix qui indispose Washington

by Perspectives Med
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Après avoir dénoncé le génocide de Gaza : N. Pillay reçoit le Nobel de la Paix qui indispose Washington

Tout au long de sa carrière, la Sud-Africaine, qui a grandi sous l’apartheid, a combattu les pires atrocités du Rwanda au Proche-Orient. « Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes », a-t-elle alerté vendredi, en dédiant son Nobel « à tous les survivants de crimes internationaux ». Les dirigeants de la planète ont « l’obligation légale de protéger les droits humains » et « de (s’)abstenir de faire la guerre », a-t-elle dit lors d’une conférence de presse dans une salle à Nuremberg où ont été jugés les principaux responsables nazis.

Jeune avocate d’origine indienne, devenue juge et Haute-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU (2008-2014), N. Pillay est réputée pour avoir l’art de traiter des dossiers difficiles. Sa carrière l’a menée des cours sud-africaines, où elle a défendu les activistes anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la Cour pénale internationale (CPI). « La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites judiciaires », a fait valoir le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, dans son annonce.

En septembre 2025, la commission d’enquête placée sous sa présidence – qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU – a établi qu’Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre suite à l’attaque sans précédent du Hamas du 7 octobre 2023. Mais « comme l’a dit (Nelson) Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse. Je considère qu’il n’est donc pas impossible qu’il y ait des arrestations et des procès » à l’avenir, avait-elle ajouté.

Dans ses attendus, le comité Nobel mentionne les travaux de N. Pillay en lien avec le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, mais ne mentionne pas spécifiquement Gaza. « Nous ne sommes pas un tribunal. Il s’agit de son rapport, du rapport de la commission, et nous avons bien sûr une grande confiance dans son professionnalisme et son intégrité », a déclaré J-W. Frydnes, interrogé sur ce point lors d’un entretien avec l’AFP.

Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de « biaisé et mensonger » et accusant ses auteurs de parti pris antisémite. Ce Nobel légitime « la haine anti-Israël », a réagi vendredi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X, estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait « applaudir depuis l’enfer ».

En 2024, la CPI a émis des mandats d’arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza. En réponse notamment aux poursuites visant des responsables israéliens, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI et est allé plus loin le mois dernier en appelant les États membres à quitter la CPI qualifiée d’institution « malfaisante ».

Le Nobel est « un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s’attaquent aux institutions », a précisé J-W. Frydnes à l’AFP. « Cela doit cesser ».

« Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes », a de son côté estimé la lauréate. « Cette dégradation est particulièrement visible dans les attaques visant la Cour pénale internationale ».

Le prix Nobel de la paix décerné à N. Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale, revêt une « signification particulière », compte tenu des attaques actuelles contre le droit international, a déclaré vendredi la présidente de la CPI. « À une époque où l’ordre juridique international et l’État de droit sont confrontés à des défis considérables, cette reconnaissance revêt une signification particulière », a affirmé Tomoko Akane dans un communiqué.

Née Navanethem Pillay le 28 septembre 1941 à Durban, dans une famille modeste, cette fille d’un chauffeur de bus, diplômée d’Harvard, a bâti une carrière jalonnée de premières historiques. En 1967, elle devient la première femme non blanche à ouvrir un cabinet d’avocats dans la province du Natal. Sur recommandation de Nelson Mandela, elle rejoint ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994. En 2023, elle rejoint la CPI, nouvellement créée à La Haye pour poursuivre les auteurs des crimes les plus graves.

Sanctions US

Les États-Unis ont imposé vendredi des sanctions à la CPI, a annoncé Marco Rubio, secrétaire d’État, quelques heures après l’attribution du prix Nobel de la paix 2026 à N. Pillay. « Le président Trump ne permettra jamais à la Cour pénale internationale de poursuivre des Américains. C’est pourquoi, aujourd’hui, les États-Unis sanctionnent la Cour pénale internationale », a déclaré M. Rubio dans un communiqué. Il a ajouté que Washington avait reporté cette décision « dans l’espoir que la CPI change de cap ou soit contrainte par les États parties », mais que ni l’un ni l’autre n’avait « pris de mesures concrètes pour répondre à nos préoccupations ».

« Soit la CPI cesse ses menaces, soit nous mettons fin à la CPI », a-t-il averti, appelant les alliés des États-Unis membres de la Cour à « la contenir ». « S’ils ne le font pas, les États-Unis poursuivront leur campagne pour démanteler la CPI, brique par brique, jusqu’à ce que les Américains ne soient plus menacés », a-t-il ajouté. Précisant que Washington interdirait toute transaction avec ce qu’il a qualifié de « tribunal voyou ».

Washington justifie ces sanctions par sa volonté de « défendre la souveraineté américaine et ses citoyens contre la menace que représente la Cour pénale internationale », selon un communiqué publié par le département d’Etat. Les Etats-Unis sont furieux que la Cour ait émis un mandat d’arrêt contre B.  Netanyahu et Y. Gallant, pour des crimes de guerre et contre l’humanité commis à Gaza.

En réponse, la CPI a déclaré que les sanctions imposées par les États-Unis à son encontre constituent une attaque contre le droit international et a averti que « l’histoire jugera ce moment ». Ces sanctions constituent « une attaque contre l’État de droit et les fondements mêmes de l’ordre juridique international, qui porte atteinte au principe fondamental selon lequel nul n’est au-dessus des lois », a déclaré la Cour dans un communiqué, selon l’AFP. Et de préciser que ces mesures visaient à intimider son personnel et à perturber ses activités, affirmant qu’elle ne se laisserait pas dissuader.

« La Cour continuera de s’acquitter pleinement de son mandat, en toute indépendance et impartialité, en agissant uniquement sur la base du droit et des éléments de preuve, pour le bien des innombrables victimes de crimes graves », a déclaré dans un communiqué T. Akane, présidente de la CPI. La Cour a appelé ses 125 États membres à se ranger de son côté, affirmant que son sort « dépend désormais aussi des États qui l’ont créée. »

« Les générations futures, et surtout les victimes d’atrocités de masse, se demanderont comment nous avons réagi lorsqu’une institution créée pour les protéger a été prise pour cible », a ajouté la Cour.

Rob Jetten, Premier ministre néerlandais, s’est engagé vendredi à défendre la CPI. Lors de sa conférence de presse hebdomadaire, il a déclaré que les Pays-Bas se sentaient responsables du bon fonctionnement de la CPI et qu’ils la « protégeraient brique par brique lorsque cela s’avèrera nécessaire ».

L’Union européenne a pour sa part déclaré être prête à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour aider la CPI à poursuivre son travail. « Il est profondément regrettable que les États-Unis aient annoncé leur intention d’imposer des sanctions contre la CPI », a-t-elle déclaré assurant qu’elle collaborera étroitement avec le tribunal pour garantir la poursuite et l’efficacité de son fonctionnement. « Nous restons par ailleurs déterminés à travailler avec l’ensemble des 125 États parties au Statut de Rome afin de préserver et de respecter son indépendance, pour que la Cour puisse poursuivre sa mission fondamentale », a-t-elle relevé.

Les ministres des affaires étrangères du Canada, du Danemark, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas et du Royaume-Uni ont déclaré vendredi « rester unis » derrière la Cour pénale internationale (CPI) face aux sanctions américaines. « Nous, États parties soussignés au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), réaffirmons notre soutien constant et indéfectible à l’indépendance, à l’impartialité et à l’intégrité de la CPI », ont-ils ajouté dans une déclaration commune.

L’organisation de défense des droits humains Amnesty International a exhorté la communauté internationale à « résister » aux sanctions américaines contre la Cour pénale internationale (CPI), dénonçant une « attaque existentielle » de la part de l’administration Trump. « Les sanctions du président (Donald) Trump visent à isoler et en fin de compte à détruire la Cour pénale internationale. Cette attaque existentielle doit être tenue en échec », a déclaré une responsable d’Amnesty, Erika Guevara Rosas, dans un communiqué au nom de l’organisation.

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