En dépit de la volatilité des marchés énergétiques mondiaux et la hausse des coûts de transport, le Maroc affiche des fondamentaux économiques stables en comparaison avec l’ensemble des économies de la région. Après une accélération marquée à 4,9 % en 2025, la croissance du PIB marocain est projetée à 4,4 % en 2026 avant de se stabiliser à 4,0 % en 2027. Cette dynamique soutenue reste tirée par le rebond de la production agricole consécutif aux précipitations, la poursuite des investissements stratégiques dans les infrastructures publiques, la résilience continue du secteur touristique et la performance constante des exportations.
Sur le plan des équilibres intérieurs, le taux d’inflation estimé pour le pays demeure particulièrement maîtrisé, s’établissant à 1,2 % en 2026 contrebanque m 0,8 % en 2025, avant de connaître une légère remontée à 1,8 % en 2027. Parallèlement, la trajectoire budgétaire s’améliore progressivement avec un déficit maintenu à 3,5 % du PIB en 2026 et 3,3 % en 2027.
En sa qualité d’importateur net de pétrole, le Maroc subit certes la pression de la hausse des coûts des intrants alimentaires et du fret. Néanmoins, l’impact sur le budget reste contenu en comparaison avec les pays appliquant des subventions massives et non ciblées, la dette publique générale demeurant stable à environ 70 % du PIB.
Au-delà des perspectives macroéconomiques à court terme, la Banque mondiale met en lumière la montée en gamme industrielle au sein des chaînes de valeur mondiales de la technologie. Le Maroc s’impose, conjointement avec la Tunisie, comme le principal exportateur de produits liés à la haute technologie et à l’intelligence artificielle parmi les pays émergents et en développement de la région. La part des produits de haute technologie dans les exportations manufacturières marocaines a franchi le seuil des 5 %, traduisant une transition progressive vers des activités à plus forte intensité de connaissance.
Le chapitre thématique du rapport analyse les opportunités et les vulnérabilités liées à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le tissu socio-économique régional. À l’instar d’autres pays à revenu intermédiaire, la structure de l’emploi au Maroc se caractérise par une part importante d’occupations manuelles ou de terrain. De ce fait, moins de 10 % des emplois font face à un risque d’automatisation directe par l’IA générative, tandis qu’un potentiel significatif d’augmentation de la productivité existe pour 13 % à 20 % des postes. Les profils les plus exposés et susceptibles de bénéficier de ces gains de productivité au Maroc sont principalement urbains, diplômés de l’enseignement supérieur et employés dans les services, l’administration ou le commerce, avec une forte représentation des femmes diplômées occupant des postes administratifs.
La principale entrave à une adoption massive réside toutefois dans le déficit de données d’entraînement adaptées à l’environnement local. L’arabe et ses déclinaisons dialectales ne représentent que 0,7 % des contenus web mondiaux et 2,0 % des jeux de données open-source, ce qui affecte la précision des modèles pour les services aux entreprises et les administrations.
Pour capitaliser pleinement sur cette révolution technologique, la Banque mondiale rappelle que les entreprises marocaines doivent accroître leurs investissements dans le capital physique, la recherche et développement et la formation continue, tout en simplifiant le cadre réglementaire.
Le rapport souligne enfin que la capacité d’un pays à tirer profit de l’IA repose sur la qualité et la maturité de son système de données national. Dans l’indice de performance statistique de la Banque mondiale, le Maroc enregistre des résultats supérieurs à ceux de ses pairs de même niveau de revenu.
Cette solidité institutionnelle et la disponibilité des données publiques offrent au Royaume un socle favorable pour moderniser ses services publics et adapter les solutions d’intelligence artificielle aux réalités économiques et territoriales locales.

