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Le Maroc sous la loupe de l’USTDA : Les secteurs qui font courir les Américains

by Perspectives Med
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Le Maroc sous la loupe de l’USTDA : Les secteurs qui font courir les Américains

Les États-Unis veulent renforcer leur présence dans plusieurs secteurs jugés stratégiques au Maroc. La Trade and Development Agency (USTDA), agence fédérale américaine chargée notamment d’accompagner la préparation de projets d’infrastructures à l’international, place désormais les minerais critiques, l’énergie, les infrastructures numériques et les transports au cœur de ses priorités dans le Royaume. C’est ce qu’a laissé entendre Gretchen Krantz-Evans, directrice régionale de l’USTDA pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, dans un entretien à Asharq Business. Cette orientation donne une nouvelle dimension à la coopération économique entre Rabat et Washington, alors que les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en ressources stratégiques et à renforcer la présence de leurs entreprises sur des marchés jugés prioritaires.

Le secteur minier occupe une place particulière dans cette stratégie. L’USTDA considère les minerais critiques comme un secteur directement lié aux intérêts économiques et sécuritaires américains. L’agence explique que ses interventions doivent notamment faciliter l’accès des entreprises américaines à des ressources essentielles aux industries de haute technologie et à la sécurité nationale.

Au Maroc, cette approche ouvre un champ de coopération qui dépasse le seul phosphate. L’USTDA a engagé des échanges avec des acteurs marocains du secteur, notamment l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et Managem, autour des perspectives offertes par les ressources minières du Royaume. Cette démarche intervient dans un contexte de compétition internationale pour sécuriser les approvisionnements en minerais indispensables aux batteries, aux technologies avancées, à l’électronique et à certaines applications industrielles et de défense.

L’intérêt américain est également à replacer dans une politique plus large de réduction de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine. Dans un discours prononcé en juillet devant la Chambre des représentants, Thomas R. Hardy, directeur adjoint de l’USTDA, avait présenté la sécurisation des chaînes d’approvisionnement comme l’une des missions centrales de l’agence. Il avait alors cité les minerais critiques, l’énergie, les transports et les infrastructures numériques comme les quatre secteurs constituant le socle de cette stratégie.

L’USTDA avait déjà annoncé en février de nouvelles initiatives destinées à accroître l’accès américain aux minerais critiques et aux terres rares, en mettant explicitement l’accent sur la diversification des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le Maroc apparaît ainsi dans une configuration particulièrement intéressante pour Washington : le pays dispose d’une industrie minière structurée, d’une position géographique à proximité de l’Europe et de l’Atlantique et d’infrastructures portuaires susceptibles de soutenir le développement de chaînes logistiques tournées vers les marchés internationaux.

L’énergie constitue le deuxième grand axe de cette coopération. La dynamique est particulièrement visible dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL), alors que Washington cherche parallèlement à accroître les débouchés pour les technologies et les équipements américains liés au gaz.

L’USTDA a lancé en mars son U.S. Global Gas Initiative, destinée à accélérer le déploiement d’infrastructures gazières américaines sur les marchés émergents et à favoriser les exportations de GNL américain. L’agence veut notamment soutenir les infrastructures nécessaires à l’importation, au transport et à l’utilisation du GNL. Le Maroc figure parmi les pays ciblés par cette démarche. En avril, l’USTDA avait organisé à Houston une rencontre consacrée aux opportunités dans les infrastructures gazières en Égypte, en Jordanie et au Maroc. Les discussions portaient notamment sur la production de gaz, l’importation et l’exportation de GNL, les pipelines et les projets de conversion du gaz en électricité.

Une délégation de responsables marocains du secteur énergétique doit par ailleurs se rendre aux États-Unis dans le cadre de cette dynamique, selon Asharq Business. Cette orientation donne une portée supplémentaire aux discussions autour des infrastructures gazières marocaines. Elle permet également aux entreprises américaines de se positionner en amont sur les futurs projets liés à l’importation, au stockage, à la regazéification, au transport et à la production d’électricité à partir du gaz.

L’USTDA classe également les infrastructures numériques parmi ses secteurs prioritaires. L’agence indique financer des projets permettant le déploiement de technologies américaines considérées comme sûres et fiables, notamment dans les infrastructures nécessaires au développement de solutions d’intelligence artificielle et d’applications destinées aux secteurs critiques. Cette dimension pourrait prendre une importance croissante au Maroc, alors que le pays accélère le développement de ses infrastructures numériques et cherche à renforcer ses capacités dans les domaines du cloud, de l’intelligence artificielle, des centres de données et de la cybersécurité.

Le quatrième axe concerne les transports et la logistique. Pour l’USTDA, ces infrastructures jouent un rôle direct dans la résilience des chaînes d’approvisionnement, l’accès aux minerais critiques et le déploiement de nouvelles technologies.

La logique de l’agence est ainsi clairement définie : financer les études techniques et de faisabilité nécessaires à la maturation des projets afin de les rendre suffisamment solides pour attirer ensuite les financements privés et institutionnels. Cette méthode permet également de favoriser la participation d’entreprises américaines aux phases ultérieures de réalisation.

La présence américaine ne relève déjà plus uniquement des intentions. En juillet, l’USTDA a annoncé l’octroi d’un financement destiné à soutenir les études préliminaires d’un important projet d’ammoniac dans les provinces du Sud. L’agence américaine a signé un accord avec ORNX Laayoune 1 SASU pour financer une étude pre-FEED destinée à préparer la réalisation d’une unité de production d’ammoniac pouvant atteindre une capacité de 560.000 tonnes par an.

Le projet mobilise plusieurs entreprises américaines, dont KBR, GE Vernova, Electric Hydrogen et Terabase. L’étude doit notamment examiner les technologies d’électrolyse, les options d’approvisionnement électrique, le dimensionnement des équipements ainsi que les projections financières et les modèles économiques du projet.

Pour l’USTDA, cette opération constitue un exemple concret de la manière dont son intervention doit fonctionner : accompagner la phase de préparation technique afin de réduire les risques du projet et faciliter ensuite sa mobilisation financière.

Le financement américain de cette étude s’inscrit donc dans une logique plus large que celle d’une simple assistance technique. L’agence se présente comme un catalyseur destiné à transformer des projets stratégiques en opportunités d’investissement susceptibles d’ouvrir la voie à la participation d’entreprises américaines.

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