vendredi, mai 22, 2026
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Protection sociale : Persistance handicapante des asymétries de genre, relève le HCP

by Perspectives Med
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Protection sociale : Persistance handicapante des asymétries de genre, relève le HCP

Fondée sur les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024, l’étude prospective estime que ces trois dynamiques alimentent un « système d’inégalités cumulatives », qui fragilise progressivement l’assiette contributive du pays, son régime de retraite et les mécanismes de solidarité entre générations.

Le rapport identifie la participation économique des femmes comme l’une des principales vulnérabilités structurelles du Maroc. En 2024, le taux d’activité féminin ne dépassait pas 19,1 %, contre 68,6 % chez les hommes. Un niveau qui place le Royaume parmi les pays à revenu intermédiaire où l’intégration des femmes au marché du travail reste la plus faible. Même lorsqu’elles travaillent, une large partie des femmes demeure en marge de l’économie formelle. Environ 70 % des femmes actives occupent un emploi informel, contre 76,9 % des hommes. Le HCP relève toutefois que les femmes sont davantage présentes dans le travail familial non rémunéré et les activités non contributives, tandis que les hommes occupent plus souvent des emplois informels rémunérés ou exercent comme indépendants. Cette faible inclusion économique des femmes « réduit l’assiette contributive en accentuant les asymétries de genre », souligne l’étude.

Ces écarts se construisent tout au long de la vie active avant de se traduire, à l’âge de la retraite, par de fortes inégalités de pension. Aujourd’hui, seules 15 % des femmes âgées de 60 ans et plus perçoivent une pension effective, contre 37 % des hommes.

En 2020, le ratio entre les pensions perçues par les femmes et celles des hommes n’atteignait que 11,1 %. Autrement dit, les pensions féminines étaient en moyenne près de neuf fois inférieures à celles des hommes.

Le rapport met aussi en lumière de profondes disparités entre les femmes elles-mêmes, selon leur niveau d’éducation. Dans les scénarios de réforme intégrée, le chômage des femmes diplômées de l’enseignement supérieur reculerait de 5,3 points de pourcentage d’ici 2070. À l’inverse, il progresserait de 5 points chez les femmes sans diplôme ou n’ayant pas dépassé le primaire, et de 7,1 points chez celles ayant atteint le premier cycle du secondaire.

Sans réformes ciblées, le taux d’activité féminin ne connaîtrait qu’une progression limitée au cours des cinquante prochaines années, passant de 22,8 % à 26,2%, selon les projections du HCP.

Au-delà de la faible participation des femmes, le rapport pointe l’informalité comme un autre obstacle majeur. L’emploi informel représente encore plus des trois quarts de l’emploi total au Maroc et concerne plus de deux millions d’unités de production, concentrant précarité et déficit persistant de couverture sociale.

Pour le HCP, l’informalité ne se limite pas à une simple frontière entre emploi formel et informel. Elle constitue un système structurel qui réduit l’assiette contributive du pays et limite la portée des réformes de la protection sociale.

Les simulations du rapport montrent que certaines réformes peuvent corriger un déséquilibre tout en en aggravant un autre. Ainsi, une hausse de la participation des femmes au marché du travail générerait la plus forte progression de l’emploi féminin, avec un gain de six points de pourcentage. Mais plus des deux tiers des nouveaux emplois créés se concentreraient dans l’informel. Dans le même temps, le chômage féminin augmenterait de 6,2 points et le taux de formalisation reculerait de 8,3 points.

De même, les réformes centrées sur l’éducation amélioreraient de 3,6 points le taux de formalisation des femmes. Elles risqueraient toutefois d’accroître le chômage, faute d’un tissu économique formel capable d’absorber suffisamment les nouvelles diplômées.

L’étude met également en garde contre une approche reposant uniquement sur des mesures coercitives de lutte contre l’informalité. Selon les simulations, des sanctions visant à réduire le travail informel, si elles ne s’accompagnent pas d’une expansion parallèle de l’économie formelle, pourraient réduire l’emploi et aggraver le chômage au lieu de générer des gains de productivité.

Le poids de l’âge

Dans le même temps, le Maroc traverse une transition démographique rapide, qui va accentuer les tensions sur ses équilibres sociaux et financiers. La part des Marocains âgés de 60 ans et plus devrait passer de 9,4 % en 2014 à 23,2 % à l’horizon 2050. Parallèlement, le ratio de dépendance des personnes âgées, actuellement proche de 20 %, devrait atteindre 39,4 % en 2050, dépassant celui des populations plus jeunes.

Selon le rapport, cette évolution exercera une pression croissante sur les régimes de retraite, les finances publiques et les solidarités familiales. L’allongement de l’espérance de vie transforme ainsi «les déficits d’accumulation passés en engagements futurs croissants pour les finances publiques et les mécanismes de solidarité familiale», relève le HCP. Si les jeunes générations montrent des signes de rattrapage progressif, cette convergence se heurterait désormais à un «plafond structurel».

Le rapport conclut que des mesures isolées ne suffiront pas à réduire les inégalités liées à la faible participation des femmes, à l’informalité et au vieillissement démographique. Il plaide pour des réformes coordonnées, combinant élargissement de la demande de travail formel, meilleure adéquation sur le marché de l’emploi, refonte de l’éducation et politiques plus ambitieuses en faveur de la participation économique des femmes.

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