La centrale nucléaire de Barakah, située dans la région d’Al-Dhafra, à l’ouest d’Abou Dhabi, a été visée le 17 mai par une attaque de drone. Le ministère émirati de la Défense a indiqué que trois appareils étaient entrés dans l’espace aérien du pays depuis la frontière occidentale. Deux drones ont été interceptés, mais le troisième a atteint un générateur électrique situé en dehors du périmètre interne de sécurité de la centrale. L’incident a provoqué un incendie, rapidement présenté par les autorités comme maîtrisé et sans conséquence.
Le centre des situations d’urgence d’Abou Dhabi a indiqué qu’aucune victime n’avait été signalée. L’autorité fédérale de régulation nucléaire des Émirats, la FANR, a de son côté assuré que la sûreté du site n’avait pas été affectée et que tous les réacteurs continuaient de fonctionner normalement. L’incident concerne un site particulièrement sensible. Barakah est la seule centrale nucléaire des Émirats arabes unis et la première du monde arabe. Elle fournit environ 25 % de l’électricité du pays, ce qui en fait l’une des infrastructures énergétiques les plus stratégiques du Golfe.
Mise en service en 2020, la centrale se trouve à environ 200 kilomètres d’Abou Dhabi, non loin des frontières avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Les autorités émiraties n’ont, pour l’instant, pas désigné officiellement l’auteur de l’attaque. Aucune revendication n’a été formulée et une enquête a été ouverte pour déterminer l’origine des drones. Le même jour, l’Arabie saoudite a également annoncé avoir intercepté trois drones entrés depuis l’espace aérien irakien.
Cette frappe intervient alors que la région reste sous forte pression depuis les attaques américaines et israéliennes lancées contre l’Iran le 28 février. Malgré un cessez-le-feu fragile annoncé en avril, l’impasse diplomatique persiste et les tensions continuent de s’étendre aux pays du Golfe, dont plusieurs accueillent des bases américaines. Téhéran accuse les États de la région qui accueillent des bases américaines de faciliter les attaques contre son territoire. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, avait notamment déclaré que les Émirats avaient été « directement impliqués dans l’agression » contre l’Iran. L’Agence internationale de l’énergie atomique a appelé à la retenue après l’incident. Son directeur général, Rafael Grossi, a estimé que toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire était « inacceptable » et a demandé une retenue maximale près des centrales nucléaires. À Abou Dhabi, le conseiller présidentiel Anwar Gargash a dénoncé une « dangereuse escalade ». L’enquête doit désormais établir l’origine exacte de l’attaque.
A rappeler aussi que des représentants de l’administration américaine auraient exercé des pressions sur Abou Dhabi afin qu’il s’implique davantage dans le conflit contre l’Iran. D’après le Telegraph, des responsables américains auraient notamment évoqué la possibilité pour Abou Dhabi de prendre le contrôle de l’île iranienne de Lavan, située dans le golfe Persique. Washington souhaiterait voir les Émirats mener eux-mêmes cette opération militaire, sans intervention directe des forces américaines. Située à environ 18 kilomètres des côtes iraniennes, l’île de Lavan appartient à la province de Hormozgan et couvre une superficie de 75,6 kilomètres carrés. Elle possède une importance stratégique majeure pour l’Iran en raison de la présence d’une raffinerie de pétrole. Début avril, le site avait été visé par une attaque ayant provoqué un incendie.
Le quotidien britannique avait signalé que les Émirats arabes unis étaient derrière cette opération. Téhéran avait averti qu’une attaque menée par les Émirats entraînerait une « réponse dévastatrice ». Le 12 mai, le Wall Street Journal rapportait également que les Émirats avaient mené des frappes secrètes contre l’Iran, notamment contre la raffinerie de Lavan, pendant la période de trêve entre Washington et Téhéran. Le ministère émirati des Affaires étrangères avait refusé de commenter ces accusations, rappelant ses précédentes déclarations sur le droit à des frappes de représailles. Parallèlement, Bloomberg indiquait qu’Abou Dhabi avait tenté de convaincre plusieurs États du Golfe de participer à une réponse militaire coordonnée contre l’Iran. Toutefois, les dirigeants des monarchies du Golfe auraient fait savoir qu’ils ne souhaitaient pas être entraînés dans ce conflit, estimant qu’« il ne s’agissait pas de leur guerre ».
