Amina Bouayach, présidente du CNDH, a rappelé que cette initiative s’inscrivait dans le cadre du plaidoyer de l’institution, pour une reconnaissance du droit absolu à la vie, comme le prévoit la Constitution de 2011 dans son article 20. Selon elle, ce principe garant de la « dignité humaine » représente « le fondement de tous les droits ». Associer les jeunes à cette dynamique traduit ainsi une « conviction du rôle crucial que peuvent jouer ces derniers dans l’instauration d’une véritable culture des droits de l’Homme, dans une société convaincue de ces principes, grâce à la transmission aux nouvelles générations », a-t-elle dit.
Elle estime qu’« élargir le champ du plaidoyer est aussi investir dans la sensibilisation des jeunes en capacité d’assurer la continuité de ce débat ». En partenariat avec la Coalition marocaine contre la peine de mort, le Conseil de l’Europe et l’organisation internationale Ensemble contre la peine de mort (ECPM), le CNDH aspire ainsi à passer d’un moratoire de fait à une réforme législative inscrivant cette abolition dans le droit.
« L’expérience marocaine en matière de droits humains a démontré que les progrès sont cumulatifs, que les réformes durables exigent un dialogue permanent et un engagement collectif, et qu’elles se construisent grâce à une transformation progressive, alliant débat public et développement institutionnel. C’est une responsabilité collective qui appelle à élaborer un discours à même de redonner toute sa valeur à la vie, de donner à la justice une perspective humaniste globale et soulever des questions parfois dérangeantes, mais essentielles à la compréhension du lien entre le droit et la société », a-t-elle fait valoir.
Coordinateur de ce projet au sein du CNDH, Mustapha Najmi a rappelé quant à lui que l’objectif était d’initier les jeunes à «une nouvelle forme de communication et de plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort». En collaboration également avec des organisations associatives locales dans les territoires, cette campagne a mobilisé un total de « 240 jeunes à l’échelle nationale, répartis sur les douze régions, avec le droit à la vie comme thématique centrale, droit humain fondamental, universel et non pas un privilège ». D’après lui, les objectifs principaux ont été d’« élargir la participation des jeunes à travers le CNDH, proposer des actions et des outils pédagogiques favorisant cette participation, contribuer à l’élaboration d’un discours juridique pour l’abolition de la peine de mort, former les jeunes à la conception de démarches concrètes et effectives aux niveaux local et national ».
Les ateliers ont tenu compte de la diversité des participants, majoritairement volontaires, avec une large représentativité des milieux, groupes et parcours. 30% suivent un cursus universitaire ou juridique, 25% des études en sciences sociales, 20% des études pré-techniques et d’autres spécialités. Une dizaine de structures actives dans le domaine juridique et d’autres ont été impliqués, de même que 8 universités et 5 lycées.
M. Najmi explique que « l’objectif a été de trouver un équilibre entre les concepts juridiques, les approches fondées sur l’analyse, de créer un climat sûr et respectueux propice à un dialogue interactif, de manière à lever des recommandations et des avis adaptés aux réalités locales et régionales ». A cet effet, quatre ateliers ont été organisés dans chaque région, pour « fournir un cadre juridique et conceptuel général, souligner que l’abolition de la peine de mort repose sur des principes fondamentaux simples, tout en tenant compte des dimensions juridique, sociale et humaine de la question ». « Nous avons également souhaité intégrer certaines spécificités locales. Dans des régions du Maroc, il existe un droit coutumier et des traditions ancrées dans notre Histoire, pouvant soutenir nos efforts pour abolir la peine de mort en défendant un usage qui n’est ni étranger, ni nouveau, puisque des peines alternatives contre le meurtre ont existé sous diverses formes. Le droit étant positif, issu de l’expérience humaine, du pouvoir judiciaire et de nombreux autres domaines, il peut puiser son inspiration notamment dans le bon sens de ces usages, en phase avec le cadre international », a-t-il ajouté.
Coordinateur de la Coalition marocaine contre la peine de mort, le bâtonnier Abderrahim Jamai a pour sa part exprimé ses espoirs que ce projet « contribuera à un dialogue intergénérationnel », dans une dynamique où « il est essentiel de faire confiance à ces jeunes pour bâtir un avenir meilleur ». Me A. Jamai insiste sur le rôle de « la jeunesse dans l’édification d’une société ouverte sur de nouveaux horizons, une jeunesse qui participe à solutionner les problématiques sociétales contemporaines du Maroc, à partir d’une perspective constructive et transformative, aux niveaux législatifs et des politiques publiques ».
