Les résultats de l’enquête, publiée sous le titre « Payer pour les soins de santé pour tous : l’acceptation du financement à travers l’Afrique », montrent que seulement 48 % des Marocains interrogés se déclarent favorables à une augmentation des impôts en contrepartie de la garantie, par l’État, de soins de santé adéquats pour tous. Ce taux place le Maroc en avant-dernière position parmi les 38 pays africains couverts par l’étude, loin de la moyenne continentale, qui s’établit à 70 %.
Contrairement à la tendance observée dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les données recueillies auprès des Marocains font apparaître une certaine proximité avec le contexte nord-africain. Le taux d’acceptation de la « proposition fiscale » est ainsi comparable à celui enregistré en Tunisie (77 % de soutien) et en Mauritanie (71 %). Il reste toutefois nettement inférieur à celui observé dans des pays comme le Gabon, le Sénégal et le Cap-Vert, où le taux de soutien dépasse 88 %.
Selon la même source, cet écart s’explique par le fait que les citoyens des pays disposant déjà de systèmes de santé établis ou de chantiers en cours en matière de couverture sociale considèrent une « hausse des impôts » comme un coût supplémentaire pour des services censés déjà exister. Dans les pays dépourvus de couverture sanitaire, la proposition est davantage perçue comme l’instauration d’un service entièrement nouveau.
En parallèle à cette réserve concernant la fiscalité, la même enquête montre que l’accès aux soins reste une préoccupation majeure pour les Marocains. Quelque 73 % des participants se disent ainsi « plutôt » ou « très » inquiets de ne pas pouvoir obtenir les soins médicaux nécessaires ou d’être incapables d’en supporter les coûts. Ce taux est proche de la moyenne africaine, qui s’élève à 74 %.
Concernant l’expérience des citoyens avec les établissements publics de santé, 46 % des personnes ayant eu recours auparavant aux hôpitaux publics indiquent que l’accès aux services était « facile » ou « très facile ». À l’inverse, 54 % estiment que les démarches et l’accès aux soins sont difficiles.
Les résultats de l’enquête Afrobarometer mettent ainsi en évidence un équilibre délicat autour de la question de « l’acceptation du financement » : les citoyens doivent concilier leur besoin important de couverture sanitaire avec leur sensibilité à l’égard d’une charge fiscale supplémentaire. L’acceptation d’un nouveau financement fiscal apparaît dès lors liée à la capacité de l’État à transformer ces ressources en services de santé concrets et de qualité dans les établissements publics.

