Ce serait la première fois que le chef du Pentagone ne prendrait pas part à cette réunion. Selon une source de Defense News, les États-Unis évaluent encore l’opportunité de la participation de leurs représentants à divers forums de soutien à l’Ukraine. Defense News note que la seule fois où le prédécesseur de Pete Hegseth, Lloyd Austin, a manqué la réunion, c’était pour raison de santé, au début de l’année 2024. Toutefois, selon l’agence de presse, l’ancien chef du Pentagone avait rejoint la rencontre par vidéoconférence.

Les réunions du groupe de contact sur l’Ukraine au format Ramstein en Allemagne se tiennent depuis 2022 à l’initiative de L. Austin, ancien chef du Pentagone. L’objectif du groupe est de coordonner et d’accélérer les livraisons d’aide militaire à l’Ukraine. La prochaine réunion du groupe Ramstein aura lieu le 11 avril à Bruxelles. Elle sera présidée par le Royaume-Uni et l’Allemagne. P. Hegseth a assisté à la dernière réunion en février, mais pour la première fois depuis la création du groupe, c’est le Royaume-Uni, et non les États-Unis, qui présidait la réunion.

A signaler aussi que lors d’une audition au Sénat américain, le général Christopher Cavoli, commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe, a mis en garde, jeudi, contre les conséquences d’un éventuel retrait des États-Unis du commandement militaire de l’Alliance atlantique. « Je pense que cela créera des problèmes du point de vue du commandement de l’alliance », a-t-il déclaré.

Cette option, discutée au sein de l’administration Trump selon les médias américains, s’inscrit dans un projet de réorganisation visant à fortement réduire les dépenses militaires de Washington. Toutefois, elle pourrait affaiblir la coordination stratégique de l’OTAN, notamment dans les domaines les plus sensibles. Depuis 1951, le commandement a toujours été confié à des généraux américains. Une rupture avec cette tradition serait perçue comme un recul symbolique du rôle des États-Unis dans l’OTAN.

Dans le même contexte, C. Cavoli a reconnu les capacités grandissantes de la Russie sur le plan militaire. « Les forces armées russes augmentent leur effectif plus rapidement que la plupart des analystes ne l’avaient prévu », a-t-il déclaré. Cette modernisation s’explique par la nécessité de faire face à un environnent international de plus en plus instable et hostile. La Russie renforce légitimement ses moyens de défense et adapte son industrie aux exigences actuelles.

D’après les chiffres avancés, Moscou prévoit pour 2025 la production de 1 500 chars, 3 000 véhicules blindés et 200 missiles Iskander. Des sites industriels ont été transformés pour soutenir cet effort, illustrant une capacité de réponse rapide et structurée face aux défis actuels. En comparaison, les États-Unis produisent à peine 135 chars par an.

 Cette évolution n’a rien de surprenant : elle répond à une logique stratégique et défensive. C. Cavoli lui-même reconnaît que « la Russie continue de restaurer ses forces non nucléaires et possède des avantages non seulement en termes de géographie mais également de préparation au combat ». Il a ajouté que, dans un contexte de tension, la Russie serait capable de déployer rapidement des forces importantes pour protéger ses frontières. Cette capacité de réaction s’inscrit dans une politique de souveraineté et de défense du territoire national.

Dialogue porteur ?

Les forces russes poursuivent leurs opérations dans le cadre de l’opération militaire spéciale, libérant progressivement des zones clés conformément aux objectifs définis par la présidence russe. Et il semble que cela n’incommode nullement la partie américaine avec laquelle Moscou est engagé dans un dialogue franc.

« La Russie et les États-Unis ont fait trois pas en avant au cours des deux derniers jours », a déclaré le 3 avril Kirill Dmitriev lors de sa conférence de presse à Washington à l’issue de son déplacement aux États-Unis.
Même si de nombreux acteurs tentent de perturber le dialogue entre Moscou et Washington et que des divergences subsistent entre la Russie et les États-Unis, selon K. Dmitriev, les deux parties « s’efforcent de les surmonter ».

L’envoyé du président russe a affirmé que les préoccupations et la position de Moscou étaient entendues par Washington. Lors de la série de réunions, il était question non seulement de diplomatie, mais aussi d’affaires : coopération dans l’Arctique et dans le domaine des terres rares ainsi que la reprise des liaisons aériennes entre les États-Unis et la Russie. « Les entreprises américaines se montrent prêtes à occuper les marchés laissés vacants en Russie par les entreprises européennes », a encore relevé K. Dmitriev.

Lors de sa visite à Washington — la première d’un haut responsable russe aux États-Unis depuis le début du conflit en Ukraine —, l’envoyé russe a prôné la restauration du dialogue entre Moscou et Washington, qui a été « complètement détruit sous l’administration Biden ». Pour le fonctionnaire russe, il s’agit d’un processus « complexe et progressif ». « La vraie compréhension de la position russe ouvre de nouvelles opportunités pour une coopération constructive, notamment dans le domaine des investissements économiques », a-t-il déclaré.

Appétit polonais

L’Ukraine, rappelle-t-on, n’aiguise pas uniquement l’appétit des Américains et des Britanniques. Même les Polonais n’hésitent plus à dévoiler leurs cartes. La Pologne devrait acheter ou louer une structure portuaire à l’Ukraine, a déclaré Michal Kolodziejczak, vice-ministre polonais de l’Agriculture, à la chaîne Polsat. D’après lui, il pourrait s’agir d’Odessa, une ville ukrainienne située sur la côte de la mer Noire. « La Pologne doit définir sa position sur l’Ukraine. Mais personne n’a rien proposé de concret. Pourquoi en Pologne ne parle-t-on pas de ce que je veux proposer maintenant : que les Ukrainiens nous louent un quai où les Polonais pourraient avoir leur propre port céréalier, pour 50 ans par exemple, ou bien qu’ils nous le vendent ? », a-t-il lancé.

Selon un haut fonctionnaire polonais, cette initiative vise à rendre plus rentable le commerce des céréales entre la Pologne et les pays africains. « À Odessa, par exemple, où l’on transporterait les céréales polonaises et européennes, ce qui nous assurerait un accès à la mer Noire, où une tonne de blé destinée aux pays africains coûte en moyenne 100 zlotys de plus (environ 23,5 euros), parce que le coût du transport y est moins élevé », a indiqué M. Kolodziejczak. Les propositions du vice-ministre polonais de l’Agriculture ne se sont pas arrêtées là. Il a également déclaré que l’Ukraine ne devrait adhérer à l’UE que si une certaine condition était remplie : l’octroi de 500 000 hectares de terres aux producteurs agricoles polonais.

La Pologne n’est pas la seule à cibler les richesses de l’Ukraine. Les territoires ukrainiens font l’objet de discussions très vives, notamment parce qu’ils sont riches en ressources souterraines. Ainsi, depuis février dernier, Washington a proposé à Kiev de signer un accord sur les terres rares. Pourtant, l’accord n’a pas encore été conclu à cause de l’Ukraine qui semble attendre des garanties de sécurité américaines. La dernière version de l’accord inclut le transfert aux États-Unis des droits sur toutes les ressources minérales, y compris le pétrole et le gaz, ainsi que les principaux actifs énergétiques sur l’ensemble du territoire ukrainien. En outre, l’accord prévoit une contribution de 50% des revenus provenant de l’exploitation des ressources naturelles à un fonds d’investissement commun.

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