Depuis le début de journée, le président républicain partage sur son réseau Truth Social les louanges de ministres, d’élus et d’éditorialistes conservateurs. « Il est le dirigeant américain le plus important du XXIème siècle et c’est un euphémisme », a déclaré Mike Johnson, patron républicain de la Chambre des représentants.
« Aujourd’hui nous marquons cent jours de promesses faites et de promesses tenues », s’est félicitée mardi Karoline Leavitt, porte-parole du locataire du Bureau Ovale allant de superlatifs en pléonasmes pour saluer le « début de présidence le plus historique de l’histoire américaine ».
Pour marquer cette étape symbolique, le républicain, désireux de renouer avec l’ambiance survoltée de ses meetings, s’est rendu sur le lieu de l’un de ses derniers rassemblements de campagne, dans une région industrielle du Michigan (nord). « La première fois, je devais faire deux choses: diriger le pays et survivre, j’avais tous ces escrocs autour de moi », a dit D. Trump aux journalistes de The Atlantic, en référence aux valses de ministres et conseillers de son premier mandat (2017-2021). Mais cette fois, du moment où il a levé la main pour prêter serment le 20 janvier sous la coupole du Capitole, le républicain s’est imposé comme le seul centre de gravité de la vie publique américaine, et il a entraîné la planète entière dans sa chaotique orbite. « La deuxième fois, je dirige le pays et le monde », s’est-il félicité lors du même entretien, en assurant aussi, auprès des reporters du mensuel, qu’il « passait un très bon moment ».
Ce n’est pas le cas de tous les Américains, déboussolés par le bras de fer commercial qu’il a engagé avec la Chine, visée par des droits de douane de 145%, et dans une moindre mesure avec le reste du monde.
Rien d’étonnant à ce que D.Trump, dont la carrière politique s’est faite en creusant les divisions, ne connaisse pas l’état de grâce accompagnant généralement les 100 premiers jours d’un président. Mais les sondages d’opinion s’accordent pour constater une glissade abrupte de sa cote de confiance, nourrie principalement par les doutes sur sa politique économique, pourtant un point fort depuis toujours au niveau électoral.
Décote…
D’après un sondage publié dimanche par le Washington Post et ABC News, 39% des Américains seulement « approuvent » la manière dont D. Trump mène sa présidence. Scott Bessent, son ministre des Finances, s’est voulu rassurant mardi face aux craintes de pénuries liées à la chaotique offensive protectionniste du président. « Je ne pense pas que nous aurons de choc sur les chaînes d’approvisionnement », a-t-il soutenu.
« Avec autant d’indices que les consommateurs américains font face à de graves problèmes, notre gouvernement devrait leur lancer une bouée de sauvetage. A la place, le président Trump leur attache une ancre aux pieds », a critiqué Elizabeth Warren, sénatrice démocrate dont le parti souffre, selon les sondages, d’un profond discrédit.
D. Trump a rejeté en bloc lundi soir les mauvaises enquêtes d’opinion sur son réseau social. « Les sondages des médias menteurs sont eux aussi des mensonges. Tout se passe très bien, mieux que jamais », assure-t-il. Entouré exclusivement de fidèles, il laisse libre cours à ses impulsions en matière de commerce, de politique extérieure et de revanche politique.
Repoussant les limites du pouvoir présidentiel, le républicain a déjà signé plus de 140 décrets et ainsi attaqué des universités, défait des politiques environnementales, lancé une politique d’expulsions massives d’immigrés en situation irrégulière et confié à son allié Elon Musk la tâche de démanteler la bureaucratie fédérale. Nombre de décrets ont été bloqués par des juges, avec lesquels le pouvoir exécutif a engagé un bras de fer sans précédent. Quoi qu’il en soit, 64% des personnes interrogées dans le sondage Washington Post/ABC News jugent qu’il va « trop loin » dans sa tentative d’étendre les pouvoirs présidentiels.