Dans l’enceinte parlementaire, K. Aït Taleb a essuyé les critiques de nombre d’élus. Ces derniers ont exprimé leur mécontentement quant à la situation précaire des hôpitaux publics, la prolifération des établissements de santé privés, et l’usage discutable du budget dédié à la protection sociale. Les grèves récurrentes des professionnels de la santé, la crise persistante des facultés de médecine, ainsi que les problèmes liés aux seuils et au ciblage des bénéficiaires, ont été autant de questions soulevées qui traduisent, selon les interpellations, l’échec de la politique sanitaire.

Présenté mardi devant la Commission des secteurs sociaux de la Chambre des représentants, après avoir été adopté par la Chambre des conseillers, le projet de loi défendu par K. Aït taleb vise à définir des dispositions particulières pour le régime d’assurance maladie obligatoire de base (AMO) pour les personnes capables de cotiser mais n’exerçant aucune activité rémunérée.

Au nom du Mouvement Populaire (MP), Said Serrar est intervenu pour dénoncer les difficultés rencontrées par les citoyens, notamment ceux à revenu limité, qui « souffrent de barrières à l’accès aux soins et aux médicaments« . Il a déploré que de nombreux bénéficiaires du RAMED soient exclus de l’AMO Solidarité, se retrouvant ainsi sans couverture sanitaire en raison de critères économiques trop stricts. « Beaucoup de ces personnes, atteintes de maladies chroniques, ne peuvent pas se permettre les soins coûteux dont elles ont besoin« , a-t-il souligné. Dénonçant les obstacles à la généralisation de la couverture sanitaire, il a aussi mis à l’index une tarification de référence obsolète et des médicaments onéreux malgré la suppression de la TVA. « De nombreux médicaments coûteux ne sont pas remboursables« , a-t-il déploré. Avant d’embrayer sur la nécessité d’ « humaniser les services de santé, d’améliorer les infrastructures hospitalières, et de résoudre le manque et la mauvaise répartition des ressources humaines médicales et infirmières« . Selon lui, « le succès du chantier de la protection sociale dépend de la résolution de ces dysfonctionnements ».

Faisant écho des préoccupations du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), Ahmed Abbadi a mis en relief, de son côté, les incohérences des chiffres fournis par le gouvernement concernant les bénéficiaires du RAMED exclus de l’AMO Solidarité. Il a également soulevé la question des critères de seuil, rappelant que les bénéficiaires du RAMED ne devraient pas perdre leur couverture sanitaire avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. « Le problème n’est pas la loi elle-même, mais l’accès aux soins et la qualité des centres de santé », a-t-il déclaré.

Quant au Parti Justice et Développement (PJD), il a critiqué la précision excessive du seuil de 9,3264284, qui exclut certaines personnes de l’AMO Solidarité et les oblige à payer 144 dirhams. « Mesurer la pauvreté avec une telle précision est absurde« , a relevé Mustapha Ibrahimi qui a soulevé aussi le lourd dossier de la gestion des millions de personnes exclues du système. Il a critiqué, en outre, le retard dans l’arbitrage du chef du gouvernement quant à l’accord entre les travailleurs de la santé et le ministère, ce qui pousse les citoyens vers les cliniques privées. Selon lui, les deux tiers des 9,5 milliards de dirhams alloués auraient dû être dirigés vers le secteur public.

Fatima Tamni, députée de la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD), est revenue sur les dysfonctionnements structurels du système de santé. Elle a souligné l’état déplorable des hôpitaux publics et le besoin urgent d’améliorer les services. En outre, les difficultés rencontrées par les étudiants en médecine ont été rappelées par l’élue qui met en garde contre les effets négatifs de la migration et de la pénurie sur la qualité de la formation. Comme elle a dénoncé l’absence de dialogue avec le ministre de l’Enseignement supérieur et s’est interrogée sur l’avenir du secteur de la santé dans ce contexte. Elle n’a pas manqué de souligner, à cette occasion, le mécontentement des travailleurs de la santé face au non-respect des accords de dialogue sectoriel par le gouvernement. « La signature de ces accords semble être une simple tentative d’apaiser la colère sans engagement réel », a-t-elle affirmé. Dans ce sens, F. Tamni a plaidé pour un investissement accru dans les hôpitaux publics, dénonçant le partenariat avec le secteur privé qu’elle juge purement lucratif et stratégiquement erroné.

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