« Les actes de guerre que nous observons portent les marques de crimes d’atrocité », a déclaré Jens Laerke, porte-parole du bureau humanitaire de l’ONU, lors d’un briefing à Genève. « Cela fait 10 jours que nous sommes témoins d’un mépris total pour la vie et la dignité humaines. » J. Laerke a décrit une aggravation du bilan civil, soulignant que « les hôpitaux sont redevenus des champs de bataille. Des patients tués dans leur lit. Des ambulances ciblées et des secouristes assassinés », ajoutant que « des centaines d’enfants et d’autres civils ont été tués dans des frappes aériennes israéliennes ».

Plus de 142 000 personnes ont été déplacées ces derniers jours, beaucoup pour la deuxième ou troisième fois. « Il n’y a aucun endroit sûr où aller et aucun moyen de survie », a-t-il souligné, précisant que les ordres d’évacuation couvrent désormais 18 % du territoire de Gaza et que « ce chiffre augmente chaque jour ».

Concernant l’accès humanitaire, totalement coupé, J. Laerke a déclaré que les avancées obtenues pendant la trêve ont été anéanties. « Nous sommes revenus à la situation d’avant, sauf que cette fois, c’est encore pire en raison de l’arrêt total de l’entrée des fournitures », a-t-il insisté. « Rien ne peut justifier la punition collective du peuple palestinien », a-t-il ajouté, avant de relever que « le droit international est clair… Pourtant, les alertes que nous lançons, rapport après rapport, témoignent d’un mépris total pour les principes fondamentaux de l’humanité. »

Selon la dernière mise à jour opérationnelle du Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence dispose d’environ 5 700 tonnes de stocks alimentaires à Gaza, suffisants pour au maximum deux semaines d’opérations. Le PAM et ses partenaires ont stocké plus de 85 000 tonnes de produits alimentaires à l’extérieur de Gaza, prêts à être acheminés si les points de passage sont ouverts, indique le rapport. L’agence souligne qu’elle a besoin de 30 000 tonnes de nourriture par mois pour répondre aux besoins essentiels d’environ 1,1 million de personnes dans l’enclave assiégée. Elle attire également l’attention sur l’explosion des prix alimentaires à Gaza, notant qu’un sac de 25 kg de farine de blé se vend jusqu’à 50 dollars, soit une augmentation de 400 % par rapport aux prix d’avant le 18 mars. Par ailleurs, le prix du gaz de cuisson a grimpé de 300 % par rapport à février.

Lors d’un briefing sur les « conséquences désastreuses » de la fin du cessez-le-feu pour les femmes, la représentante spéciale d’ONU Femmes en Palestine a déclaré que les femmes et les enfants paient « le plus lourd tribut » de la guerre israélienne. « Chaque jour, entre le 18 et le 25 mars, en moyenne 21 femmes et plus de 40 enfants sont tués », a déclaré Maryse Guimond. Ils représentent « près de 60 % des victimes récentes, un témoignage accablant de la nature indiscriminée de cette violence », a-t-elle ajouté.

L’armée israélienne a lancé une campagne aérienne surprise contre la bande de Gaza le 18 mars, tuant 855 personnes, en blessant près de 1 900 autres et réduisant à néant l’accord de cessez-le-feu et d’échange de prisonniers conclu en janvier. Le ministère palestinien de la Santé de Gaza a annoncé, vendredi, que le bilan des victimes du génocide israélien, depuis le 7 octobre 2023, s’était alourdi à « 50 251 martyrs et 114 025 blessés ». Ajoutant que « les hôpitaux de la Bande de Gaza ont reçu, au cours des dernières 24 heures, les dépouilles de 43 martyrs, dont deux ont été extraits des décombres, ainsi que 115 blessés ». Dès lors, a-t-il encore relevé,  « le nombre de morts et de blessés depuis (la reprise du génocide le) 18 mars 2025 a atteint 896 martyrs et 1 984 blessés ». Le ministère souligne que « plusieurs victimes sont toujours ensevelies sous les décombres et gisent dans les rues, sans que les ambulances et les équipes de la défense civile ne puissent les atteindre ».

Marasme israélien

Depuis le 18 mars, Israël a intensifié sa campagne génocidaire contre la Bande de Gaza par des frappes aériennes violentes et généralisées, ciblant principalement les civils palestiniens dans les maisons et les tentes abritant les personnes déplacées. Début mars a pris fin la première phase d’un accord de cessez-le-feu et d’échange de prisonniers entre le Hamas et Israël, entré en vigueur le 19 janvier 2025 et conclu avec la médiation égyptienne et qatarie et le soutien américain.

Alors que le Hamas a respecté les termes de la première phase, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, a refusé d’entamer la seconde phase pour satisfaire les engagements pris de part et d’autre. La Cour pénale internationale a émis, en novembre dernier, des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. Israël fait également face à une accusation de génocide devant la Cour internationale de Justice pour sa guerre dans l’enclave

Des centaines d’officiers et soldats de réserve israéliens ont adressé, jeudi, une lettre à Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée d’occupation, affirmant que les troupes étaient « retournées dans le chaos de la bande de Gaza, sans objectifs clairs ». Ils l’ont exhorté à définir les objectifs de la reprise de la guerre à Gaza et à fixer un délai précis pour atteindre les objectifs de la mission, a rapporté l’Autorité israélienne de radiodiffusion publique KAN. En effet, KAN a qualifié cette lettre d’ « inhabituelle ».

Le Yedioth Ahronoth a rapporté, le 19 février, que près de 170 000 soldats, dont des milliers de réservistes revenant du combat, s’étaient inscrits à un programme de traitement psychologique lancé par le ministère de la Défense.

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